dimanche 29 décembre 2013

la sage-femme déménage

déménager, c'est un peu comme gérer une garde chargée. genre "des dizaines de femmes arrivent en même temps, vous devez les accueillir, faire l'examen clinique, le diagnostic, la prise en charge et l'orientation". vous visualisez?

les hommes ont donc joué les futurs papas stressés et ont dépotés les futures mamans, enfin plutôt les meubles et cartons, au milieu de la salle.

charge à moi et mon aide-soignante (alias ma copine venue nous aider) de faire le tri.

"celui là, ya marqué "verres à pied", il va où? - dans le garage! - et celui marqué "tissus"? - dans mon atelier!

le temps d'un aller retour des hommes, le premier flot était trié, rangé, la salle prête à accueillir de nouveaux patients!

quelques cartons nous ont posé des soucis de diagnostic (message à mon homme: si tu pouvais noter les symptômes sur TOUS les cartons, hein!), mais on s'en est sorti et en moins d'une journée la maison était habitable!

à l'année prochaine!

mercredi 18 décembre 2013

l'Hiver vient, parait-il.

et les sages-femmes sont en colère. les sages-femmes sont dans les rues.
ne m'y cherchez pas. je n'y suis pas.
je ne suis pas en grève.
je ne manifeste pas.

non pas que je ne sois pas d'accord avec la génèse du combat.
oui, j'estime que mon métier n'est pas aujourd'hui suffisamment reconnu dans notre société.
oui, j'estime que je suis bien mal payée pour mes 5 ans d'étude et les responsabilités que je prend tous les jours.
oui, j'estime que notre profession doit être considérée pour ce qu'elle est dans la loi, une profession médicale, au même titre que les médecins et les chirurgiens dentistes.

mais je n'ai pas assez d'éléments pour me faire une idée sur les propositions des syndicats (que je mélange allégrement, d'ailleurs).
sortir du titre 4 de la fonction publique? pour quelle balance avantages/inconvénients?
devenir praticien hospitalier? contre une augmentation de notre durée de travail, en heures par semaine et en année?

je n'ai pas assez d'élément pour me positionner.
je n'ai pas trouvé (cherché? ) les réponses.

je ne dois pas être assez en colère.

il y a beaucoup d'autres choses qui me mettent en colère.
j'ignore si changer le statut des sages-femmes changera fondamentalement l'obstétrique en france.
j'ignore si améliorer notre reconnaissance me permettra de faire mon métier comme j'aimerais vraiment le faire.

je ne suis pas assez utopiste pour l'espérer.

samedi 14 décembre 2013

entre leurs mains

paris, un soir.

je vous passe l'aventure de la conduite parisienne, qui me surprendra/me flippera toujours. après avoir manqué d'emboutir je ne sais combien de voitures/motos/scooters/piétons, nous sommes arrivés à bon port (en retard, remercions au passage les bouchons... )

des images magnifiques, des vérités tellement évidentes mais tellement surprenantes tant notre vision de l'obstétrique est biaisée...

beaucoup d'élèves sages-femmes dans la salle visiblement.
ça m'a surprise. il n'y a pas si longtemps, j'étais à leur place. la question de l'accouchement à domicile était tabou, du moins dans mon école, et je ne crois pas que la directrice aurait vu d'un très bon oeil que nous allions à ce genre de soirée.
la physiologie était absente, ou presque, de nos cours, laissant place à toutes les pathologies existantes, certaines que je ne verrais sans doute jamais tant elles sont rares, certaines qui me concernent à peine...
on apprenait dès le premier stage en salle à préparer le pousse seringue de syntocinon, on apprenait que toute femme en travail devait subir le protocole "péri-synto-rupture"...

l'une des sages-femmes, Jacqueline, demandait ce soir-là ce qu'était une sage-femme aujourd'hui.

si on regarde la formation des ESF, ce sont de parfaites techniciennes, capables de poser des perfs, des monitos, de surveiller une tension, de partir au bloc en courant, de réanimer un nouveau-né.

mais les compétences de sage-femme, celles qui font notre spécificité?

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à écouter la respiration et le son d'une femme en travail pour en évaluer la progression.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à faire attention au confort de la femme qui vient d'accoucher, afin de favoriser la délivrance.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à ne rien toucher.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à me taire et à juste être là, à poser une main pour apaiser, à communiquer par le geste toute ma force à la femme qui accouche.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à être la sage-femme que je voulais être.

au-delà du combat pour la naissance "libre", je crois que c'est toute la vision de l'obstétrique, toute la formation des futures sages-femmes qui est à revoir.
réapprendre à respecter la physiologie, que ce soit à la maison, en maison de naissance ou à l'hôpital.
le jour où notre société aura enfin pris largement conscience de l'importance de la naissance pour la construction de l'homme... 

dimanche 8 décembre 2013

carrefour des métiers

"et vous madame, pourquoi vous avez fait sage-femme? "
ils sont mignons ces petits 3e, un peu désenchantés par l'avenir qui les attend, mais m'écouter parler de mon métier les intéressent, visiblement...
mais oh, que je n'aime pas cette question...
et toi, qu'est-ce que tu fais là?
ben j'en sais rien gamin, j'en sais rien...

quand j'étais petite, je voulais devenir "puéricultrice", comme je disais, toute fière de ce chouette mot ! "c'est celle qui s'occupe des bébés dans les crèches!"

et puis, j'ignore pourquoi, j'ai abandonné cette idée. sur les petites cartes de présentation qu'on nous faisait remplir au début de l'année, je marquais "vétérinaire équin". on reste dans le soin, vous me direz! j'ai gardé cette idée jusqu'à la fin du collège.

un jour, je suis tombée sur un livre écrit par un médecin légiste, qui racontait ses enquêtes... j'ai adoré. c'était décidé, je deviendrais légiste!

à l'école, ça se passait bien. le genre première-de-la-classe, voyez-vous. mais le genre première qui est première sans bosser ou presque. le genre qui énerve, quoi.

en seconde, je me suis faite copieusement enguelée par le prof de maths. moi, en médecine? un gâchis, avec mes prédispositions pour les chiffres! mais les chiffres, j'aimais ça comme on aime un hobby. pas pour en faire mon métier. (pour la petite anecdote, en médecine ensuite, pour me détendre entre 2 révisions, je m'amusais à développer ou factoriser des calculs - ne riez pas... )

j'ai donc passé un bac S, spécialité maths. option latin et arts plastiques, histoire de faire un peu bizarre, dirons nous.

un bac obtenu avec mention sans travailler ou presque, cerveau bizarre oblige...

et je suis arrivée en médecine.

jusque là, il me suffisait d'écouter et comprendre pour retenir. mais là, on me demandait d'apprendre par coeur des choses qu'on m'expliquait à peine.
autour de moi, ce n'était qu'esprit de compétition. on se réjouissait de l'épidémie de gastro survenue un jour de partiels. on "volait" les cours de ses soi-disant amis...

je n'étais pas à ma place.

mes parents avaient tenu à me payer une "école parallèle", sorte de boite à concours à l'ambiance peu plaisante, chère et sélective.

le 1er semestre, je me suis classée dans les 280, si je me souviens.

je me souviens surtout du regard méprisant du directeur à l'annonce des résultats.

le 2e semestre, je n'ai plus mis les pieds à l'école. je bossais chez moi, bien plus efficacement sans le poids du concours.

j'ai terminé l'année à 15 places de la dernière sf prise. et avec une certitude: je ne continuerais pas en médecine. il y avait cette voie, après "médecine" et "dentaire", sur la feuille de choix...
"sage-femme"

j'ignorais complètement ce qu'était précisément une sage-femme.

mais l'année suivante, j'ai bossé comme une malade, dormi 4h par nuit, fais des crises d'angoisse, mis ma santé mentale en danger, et ignoré mes parents persuadés que je prenais cette voie par défaut car je n'étais pas capable d'avoir médecine, jeté les papiers où ma mère me notait les dates des concours d'infirmière.

j'ai eu médecine, et à l'appel de mon nom dans l'amphi, c'est avec fierté que j'ai énoncé mon choix.

j'ignorais où j'allais. mais j'y allais.