samedi 14 décembre 2013

entre leurs mains

paris, un soir.

je vous passe l'aventure de la conduite parisienne, qui me surprendra/me flippera toujours. après avoir manqué d'emboutir je ne sais combien de voitures/motos/scooters/piétons, nous sommes arrivés à bon port (en retard, remercions au passage les bouchons... )

des images magnifiques, des vérités tellement évidentes mais tellement surprenantes tant notre vision de l'obstétrique est biaisée...

beaucoup d'élèves sages-femmes dans la salle visiblement.
ça m'a surprise. il n'y a pas si longtemps, j'étais à leur place. la question de l'accouchement à domicile était tabou, du moins dans mon école, et je ne crois pas que la directrice aurait vu d'un très bon oeil que nous allions à ce genre de soirée.
la physiologie était absente, ou presque, de nos cours, laissant place à toutes les pathologies existantes, certaines que je ne verrais sans doute jamais tant elles sont rares, certaines qui me concernent à peine...
on apprenait dès le premier stage en salle à préparer le pousse seringue de syntocinon, on apprenait que toute femme en travail devait subir le protocole "péri-synto-rupture"...

l'une des sages-femmes, Jacqueline, demandait ce soir-là ce qu'était une sage-femme aujourd'hui.

si on regarde la formation des ESF, ce sont de parfaites techniciennes, capables de poser des perfs, des monitos, de surveiller une tension, de partir au bloc en courant, de réanimer un nouveau-né.

mais les compétences de sage-femme, celles qui font notre spécificité?

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à écouter la respiration et le son d'une femme en travail pour en évaluer la progression.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à faire attention au confort de la femme qui vient d'accoucher, afin de favoriser la délivrance.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à ne rien toucher.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à me taire et à juste être là, à poser une main pour apaiser, à communiquer par le geste toute ma force à la femme qui accouche.

ce n'est pas à l'école que j'ai appris à être la sage-femme que je voulais être.

au-delà du combat pour la naissance "libre", je crois que c'est toute la vision de l'obstétrique, toute la formation des futures sages-femmes qui est à revoir.
réapprendre à respecter la physiologie, que ce soit à la maison, en maison de naissance ou à l'hôpital.
le jour où notre société aura enfin pris largement conscience de l'importance de la naissance pour la construction de l'homme... 

4 commentaires:

  1. Merci pour ce résumé, ça donne envie !
    SF AAD un jour, ça te tenterait ?!

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    1. oui... pas maintenant, ma vie de famille en pâtirait trop... on en reparle dans 15 ans? :)

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  2. "le jour où notre société aura enfin pris largement conscience de l'importance de la naissance pour la construction de l'homme... "
    J'ai eu un frisson qui m'a parcouru tout le corps, et j'ai encore la chair de poule en écrivant. Merci de ces mots...

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  3. Mobilisez-vous et signez la pétition pour défendre l'AAD et le merveilleux métier de ces sages-femmes :-)
    http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/d%C3%A9fendons-notre-droit-%C3%A0-accoucher-%C3%A0-domicile-avec-une-sage-femme

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